Turquie : Erdogan veut maintenant un référendum sur la peine de mort

18 Avril, 2017, 09:25 | Auteur: Armand Coulomb

"La campagne référendaire turque sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan s'est déroulée en deçà des normes internationales, estime une mission d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et du Conseil de l'Europe".

Erdogan, 63 ans, recherchait un plébiscite. Mais ces résultats provisoires qui annonçaient le dépouillement de 99,9 % des votes par le biais de l'AA, agence de presse officielle de l'état, avaient été gelés à partir de 21 heures: l'heure où le Conseil électoral supérieur n'avait pour sa part dépouillé que 74 % des votes.

Le chef du Haut-Conseil électoral (YSK) a cependant confirmé la victoire du "oui", précisant qu'il devançait le "non" de quelque 1,25 million de voix, avec seulement 600.000 bulletins de vote restant à dépouiller.

" Le pays a pris une décision historique ", s'est félicité le chef de l'Etat, tout en mettant en garde tous ceux qui contesteraient le résultat de la consultation.

Quelque 55,3 millions de Turcs étaient appelés à voter. Il a également évoqué la tenue d'un référendum sur l'adhésion à l'UE. Une crise diplomatique avait opposé Ankara à plusieurs pays de l'UE, notamment l'Allemagne et les Pays-Bas, après l'interdiction de meeting de soutien à M. Erdogan sur leur sol pendant la campagne. " Globalement, le référendum n'a pas été à la hauteur des critères du Conseil de l'Europe ", a-t-il toutefois noté, avant d'ajouter que " le cadre légal était inadéquat " s'agissant d'obtenir " un processus véritablement démocratique ".

Erdogan se moque de l'avis européen
En cause, la décision du Haut-Conseil électoral (YSK) de considérer comme valides les bulletins non marqués du sceau officiel des autorités électorales.

Plus tard, ce dimanche soir, le vice-président de principal parti d'opposition laïque en Turquie, le CHP (Parti républicain du peuple), Erdal Aksunger, a annoncé que son parti allait demander un nouveau décompte de jusqu'à 60% des bulletins du référendum.

Cette mesure a "rendu sujet à débat la légitimité du référendum" et "jeté une ombre sur la décision de la nation", a affirmé le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu.

Avec cette victoire, M. Erdogan détiendra un pouvoir considérablement renforcé et pourra en théorie rester au pouvoir jusqu'en 2029. Aucun incident n'a cependant été signalé lors de ces manifestations. Le non gagne en effet dans les grandes villes du pays, à commencer par Istanbul, dont M. Erdogan fut le maire, et Ankara. Erdogan a revendiqué la victoire en parlant de résultats "clairs". "Il a perdu Istanbul, là où il a entamé sa carrière politique ", en devenant maire en 1994, a écrit, sur Twitter, Soner Cagaptay, analyste spécialiste de la Turquie au Washington Institute.

En dépit des critiques, le parti au pouvoir (AKP) a d'ores et déjà annoncé qu'il proposerait fin avril à M. Erdogan de retrouver sa place dans ses rangs, premier volet de la réforme constitutionnelle élargissant les prérogatives présidentielles, les autres n'entrant en vigueur qu'après les élections prévues en 2019. Erdogan pourrait nommer lui-même ses ministres avec disparition du poste de Premier ministre.

Recommande: