Berlin demande à l'ambassadeur américain de s'expliquer — Droite européenne

09 Juin, 2018, 20:36 | Auteur: Armand Coulomb
  • Tollé en Allemagne contre l'ambassadeur américain accusé d'ingérence

"Je veux absolument soutenir d'autres conservateurs partout en Europe, d'autres responsables", fait savoir Richard Grenell.

Richard Grenell, le controversé ambassadeur américain en Allemagne envoyé par Donald Trump, a pris ses fonctions le 8 mai, au terme de quinze mois de blocage autour de sa confirmation à son poste.

Les récents propos de l'ambassadeur américain à Berlin sur le renforcement des positions des conservateurs en Europe ont été qualifiés de sans précédent pour un diplomate par l'ex-président du SPD, Martin Schulz, et Die Linke qui réclament son expulsion, selon la chaîne de télévision N-TV.

"Richard Grenell " s'immisce dans nos affaires intérieures", a critiqué Peter Beyer, coordinateur des relations transatlantiques au sein du gouvernement d'Angela Merkel, dans un entretien à un journal régional, le Rheinische Post".

Dans l'interview parue dimanche, le diplomate américain déclare avoir été contacté par " de nombreux conservateurs dans toute l'Europe " qui lui ont fait part de leur sentiment d'une " résurgence en cours " de cette mouvance politique, portée par l'échec des politiques de gauche. "Si l'ambassadeur allemand à Washington disait qu'il était en poste pour renforcer le parti démocrate, il serait immédiatement renvoyé ", a-t-il ajouté, après avoir accusé sur Twitter l'Américain d'agir comme "un officier colonial d'extrême droite ".

Au G7, plus facile d'apercevoir un ours que Trump ou Merkel
Donald Trump semble avoir transmis son goût de la confrontation, au moins verbale, à ses partenaires. La Russie avait été exclue après l'annexion de la Crimée, après 16 ans d'appartenance au groupe.

La porte-parole de la diplomatie américaine Heather Nauert s'est bornée à rappeler que "les ambassadeurs ont le droit d'exprimer leur opinion" [Le Monde]. "Je pense que l'élection de Donald Trump a permis aux gens de dire qu'ils ne peuvent pas autoriser la classe politique à déterminer qui va gagner ou qui devrait être candidat avant que l'élection ait lieu", poursuit-il. Le média ajoute "que l'ambassadeur Grenell n'a fait que souligner qu'il y a des partis et des candidats qui s'en sortent bien en Europe en ce moment, rien de plus".

"Nous aurons certainement des choses à nous dire", a prévenu mardi le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

L'ambassadeur haut en couleurs a suscité aussi des remous pour son activisme à Berlin: il a ainsi organisé lundi une entrevue avec Benjamin Netanyahu, en visite en Allemagne, qui sortait tout juste d'une rencontre avec Angela Merkel. Mais cela n'a pas empêché Richard Grenell de poursuivre en ce sens, ce dernier a d'ailleurs planifié "un déjeuner avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz la semaine prochaine [le 13 juin]". M. Kurz, à la tête d'une coalition avec l'extrême droite, a souvent critiqué dans le passé la politique migratoire généreuse de Mme Merkel.

Pour Le Parisien, ces accrocs ne sont logiquement pas de nature à "améliorer les relations bilatérales déjà très tendues entre l'Allemagne et les Etats-Unis", sachant que le président américain "critique régulièrement Berlin pour ses excédents commerciaux très importants et ses dépenses militaires trop faibles".

"La nomination de cet ancien porte-parole de la mission américaine à l'ONU, sous l'administration Bush, est intervenue seulement à la fin d'avril" après avoir été "longtemps freinée par le Sénat américain" [Le Monde]. Après l'acier et l'aluminium, l'Allemagne redoute prochainement l'imposition de taxes sur ses exportations vers les Etats-Unis de voitures, secteur-clé de son économie.

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